Davos n’est-il plus ce qu’il était ?

par 19 janvier 2017 0 commentaire
British Prime Minister Theresa May speaks on the third day of the annual meeting of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, Tuesday, Jan. 17, 2017. (AP Photo/Michel Euler)/ME112/17019353219958/1701191052

A-t-on fait  trop grand cas de cette petite cité helvétique , tout à tour expression du diable et de ses diablotins réunis pour le malheur de l’humanité  ou, au contraire, petit nuage peuplé d’anges disposés à faire le bonheur de la dite l’humanité ? Davos ? Ni plus ni moins qu’une oligarchie de 3000 «  Sachants et possédants » (19000 euros d’inscription et 50000 FS de cotisation au club) dont le fondateur, Klaus Schwab (World économic forum), a  établi un ordre du jour très branché, comme la station des Grisons : les inégalités, l’exclusion et le réchauffement climatique. Ces considérations, un rien démagogiques, méritent examen mais, en attendant, force est de constater que c’est le monde à l’envers, sauf si l’on veut bien se souvenir que le capitalisme dans sa nature est protéiforme et qu’il a une force de récupération à nul autre pareil.

 XI Jinping défenseur de la mondialisation marchande

 Le maître du parti communiste chinois joue à fronts renversés et tout le monde de se féliciter de sa défense du libre échange et de la  globalisation dont il voudrait bien qu’elle continue comme avant : «  Ne pas fermer la porte au monde », dit-il. Fort bien ! Mais si le monde s’avisait (droit d’ingérence oblige) de s’intéresser au fonctionnement du parti unique, aux institutions et aux libertés en Chine, gageons que l’habile homme se ferait moins demandeur. Aussi bien chacun, dans ces déclarations libres échangistes, se félicite d’une communauté de pensée. Il ne s’agit pas du tout de cela. XI Jinping  et la Chine sont dans la position de la Grande Bretagne au XIXe siècle, atelier du monde : ils ne veulent pas que les débouchés se ferment. Voilà pour le côté british. Au surplus, l’attitude des dirigeants chinois relève de la bonne vieille stratégie mercantiliste qui doit servir la puissance du souverain, là c’est plutôt le côté frenchie avec Colbert, sauf qu’aujourd’hui le souverain c’est le parti.

 A rebours en effet, de l’autre côté de l’Atlantique, Trump affiche plutôt des positions  protectionnistes, et le Brexit constitue quand même une inversion tout à fait inédite du «  sens  de l’histoire ». Voilà les anglo-saxons inventeurs de  ce qu’était le nouvel ordre mondial économique prétendant maintenant s’en affranchir ! Ce basculement est d’une parfaite lisibilité. De fait, il est le symétrique exact des performances chinoises à l’export et des coûts américains, à l’instar de la Grande-Bretagne victorienne dont le niveau de vie élevé eut pour conséquence l’apparition d’un déficit commercial extérieur alors qu’elle restait la grande dispensatrices de capitaux comme aujourd’hui la Chine commence à le faire. Finalement rien de très nouveau, chacun voit midi à sa porte. Seules, peut-être, la France et l’Europe empoisonnées par la moraline à la française raisonnent sur la question en termes idéologiques et moraux alors qu’il s’agit avant tout d’intérêts pragmatiques.

 Les «  valeurs «  de Davos

La république finissante ne cesse de parler de ses valeurs sans jamais les définir. En économie ont sait ce que sont les valeurs. Mais le Forum économique veut se préoccuper des inégalités et des exclusions. Vaste programme qui ne relève certes pas tout à fait de l’économie puisque celle-ci, par le mécanisme de la propriété, de la concurrence et de l’innovation est, intrinsèquement, un mécanisme d’exclusion, lequel est le plus souvent d’ailleurs d’une grande fécondité  économique. Ont-ils aussi songé que la seule cotisation à payer, pour parler de l’exclusion, exclut des milliers d’intervenants possibles ? Donc le forum fait dans le social, pourquoi pas, mais cela sent plutôt l’alibi. Prenons l’Europe par exemple et le mécanisme mis en œuvre par Mario Draghi : les fameux  assouplissements monétaires. Ils ne sont rien d’autre qu’une cuisine interne entre les possédants, banquiers centraux, oligarques politiques pour sauver les banques commerciales et priver les épargnants de la rémunération de leurs efforts. Et les consommateurs de disposer librement du cash qu’on est en train de leur interdire. N’est ce pas là une exclusion  et une inégalité flagrantes ? Voilà qui ne sera pas débattu là haut sur la montagne !

Réchauffement climatique.

Là aussi on peut s’interroger : que veulent les hommes de Davos ? Le retour sur investissement. Le réchauffisme n’est pas qu’un corpus scientifique, il représente maintenant des intérêts considérables. Et sur le plan scientifique, l’essentiel des travaux sur la question reçoit des financements publics ou privés impliqués dans l’économie du rechauffisme. La question n’est pas de nier systématiquement l’idée du réchauffement, mais de s’interroger sur son origine anthropique laquelle semble de faible contribution à ce qui pourrait être un cycle comme le fut le refroidissement de la petite glaciation moderne de la fin du moyen âge au  XVIIIe siècle magnifiquement décrite par E. Leroy-Ladurie dans son Histoire de climat. Toutes les études scientifiques contradictoires avec la doxa réchauffiste, ne sont accessibles qu’aux internautes très avisés et rares.

 Bref le forum de  Davos  sera en définitive toujours Davos et tombe toujours du côté où il penche (pense ?).

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Publié dans : Idées

A propos de l'auteur:

Enseignant, journaliste et homme politique français

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